|
Projet GRUNDTVIG
: le Genre à l’islandaise
Irma Erlingsdòttir,
directrice du Centre de recherche en étude Genre à Reykjavìk
(Islande), et partenaire du projet transnational Grundtvig
(cf. La Gazette du Grep n° 23 et n° 25), présente
la spécificité islandaise sur la question
de l’égalité des chances hommes-femmes.
Quelle est la mission de ta structure ?
Le Centre de recherche en études Genre (RIKK) à l´Université d´Islande
coordonne des projets, pour la plupart interdisciplinaires
(santé, salaire, législations...) et organise
des conférences et des séminaires. Le RIKK
travaille en coopération étroite avec le
Comité de l´égalité des chances à l´Université d´Islande,
qui tente de faire fonctionner l’Université comme
une entité égalitaire. Il collabore également
avec le Comité d´égalité des
chances de la ville de Reykjavík, pour établir
un lien entre la recherche et la société civile,
ainsi qu’avec le Bureau national d´égalité des
chances. Alors que le RIKK est un institut de recherche,
ces trois structures organisent des formations sur l´égalité des
chances.
Comment est promue l’égalité des chances
dans ton pays ?
Une loi spéciale vise à assurer l’égalité de
la condition et des droits des femmes et des hommes dans
tous les domaines. La première, relative à l’égalité entre
les sexes, a été promulguée en 1976,
puis réexaminée plusieurs fois. En 1994,
un article sur l’égalité des droits
entre hommes et femmes a été incorporé à la
Constitution.
Afin de lutter :
•
contre toute discrimination (professionnelle, de salaires,
de temps de travail...), le gouvernement a créé une
Commission des doléances auprès de qui l’on
peut porter plainte. Elle est composée de cinq membres
dont trois juristes et possède un pouvoir de sanction.
Les femmes comme les hommes peuvent saisir cette Commission.
La plupart des plaintes émanent de femmes, et concernent
principalement les conditions d’emploi (recrutement,
cessation d’emploi, rémunération...)
;
•
contre les fonctions traditionnelles et les préjugés
sur la répartition des rôles, les efforts
ont portés sur :
–
le développement des possibilités pour les
femmes de participer à la vie active, politique
et aux prises de décision ;
–
la participation des hommes à la prise en charge
et à l’éducation des enfants, avec
ce que cela implique pour la vie familiale et professionnelle.
En 2000, une loi, unique au monde, sur le congé parental
a été votée : les hommes ont acquis
un congé paternel de trois mois non transférables.
Chacun des parents a ainsi droit à 3 mois de congé,
plus 3 mois à partager à leur guise. L´Institut
de sécurité sociale paye 80 % des salaires.
Il sera très intéressant de suivre l´évolution
de la situation et de voir si ce congé influe sur
le père, les relations familiales, les relations
du père dans sa vie professionnelle, les inégalités
de salaire...
Mais les avancées juridiques ne suffisent pas :
où serions-nous sans la vitalité des associations
et des mouvements féministes?
Qu’en est-il des politiques de quotas ?
La loi de 1991 sur l’égalité des chances
prévoit, par exemple, qu’en cas d’embauche,
s’il y a une femme et un homme, à compétences égales,
et que l’entreprise concernée à, en
proportion, plus d’hommes, elle devra embaucher la
femme. Et inversement !
Le RIKK participe au projet Grundtvig. Cherche t-il à faire évoluer
les comportements et les mentalités uniquement dans
le cadre professionnel ?
Les démarches et les outils de formations que veut
créer notre projet sont conçus afin de promouvoir
des changements de mentalité et d’attitude
pour une reconnaissance de l’égalité des
droits femmes-hommes, non seulement sur le plan des droits
civils et politiques, mais aussi sur celui des droits économiques,
sociaux et culturels.
Quel était l’objectif du séminaire
en Islande ?
Nous avons travaillé sur nos démarches de
formation : la description de nos actions, leurs outils
et objectifs... Le RIKK a invité les conseillers
d´égalité des chances de l´Université d´Islande,
de la ville de Reykjavík ainsi que des spécialistes
des questions genre. Ces personnes ont présenté leurs
actions et nous les avons analysées en groupe transnational.
Les formations mises en place en Islande sont-elles
assurées
par un homme? une femme? les deux ?
Ces formations sont assurées par des spécialistes
des questions genre, dont la grande majorité, en
Islande, est féminine. Il peut être important
que la formation soit assurée par un couple mixte,
pour plus de complémentarité.
As-tu repéré des outils pédagogiques
qui fonctionnent bien ? sur quel public ?
Les partenaires du RIKK en Islande organisent des formations
pour les cadres, les cadres supérieurs et les étudiants
en dernière année d´études.
Malheureusement, l´approche genre n´est pas
intégrée de façon systématique
dans les pratiques courantes de formation.
Comment envisages-tu l’après Grundtvig
?
Un des objectifs du plan d´action du Gouvernement
Islandais est d´organiser une formation genre dans
les écoles élémentaires. À l´Université,
nous nous y préparons en sensibilisant à l´importance
de la formation genre et en formant des spécialistes.
Un programme (comptant 30 unités de valeur) a été créé en
1996 en premier cycle (60 étudiants en 2004 ; 10
en 2000) ; des étudiants en maîtrise et en
doctorat font aussi leur thèse sur cette question.
Propos recueillis par Laurent Bénard
Grep
Mettre
en marché la campagne
Les
14,15,16 septembre derniers s’est tenue à Troyes
la 14e université du tourisme rural organisée
par Source.
Pour les professionnels du tourisme, vendre est devenu
le mot d’ordre avec la nécessité de
mieux écouter les clientèles et donc de mieux
les servir. Les touristes recherchent de leur côté une
offre structurée, un espace protégé et
des produits de qualité.
Si produire est resté longtemps l’objectif
prioritaire, il faut désormais satisfaire des touristes
de plus en plus exigeants. La vente directe du producteur
au client est encore le mode de commercialisation le plus
répandu. Mais nul ne peut se contenter d’attendre
le client : l’heure est à la mise en marché des
produits touristiques et à leur valorisation. Le
tourisme rural ne peut cependant pas adopter la même
stratégie commerciale que les autres espaces touristiques.
Il est relativement délaissé par les tours-opérators
car il nécessite une offre de qualité, sécurisante
pour le consommateur et permettant de dégager une
réelle valeur ajoutée pour les professionnels,
et se distingue par une abondance de produits et une importante
offre d’activités culturelles et de loisirs.
Dans un contexte de mondialisation, la commercialisation
des produits subit l’émergence de la concurrence
dans des pays tels que la Chine, les Caraïbes et l’Amérique
du Sud. Il en résulte une déstabilisation
des prix et une modification des réseaux de distribution.
Une rentabilité à court terme est recherchée.
Le tourisme rural est contraint de s’adapter, de
tenir compte de ces nouvelles données. Il reste
néanmoins un produit de proximité.
Quelles sont les perspectives de développement ?
Le tourisme représente actuellement 700 millions
de touristes dans le monde et 75 millions en France.
La France connaît un vrai développement touristique
qui profite à l’emploi et aux territoires.
Une clientèle européenne existe qui ne demande
qu’à être séduite. Néanmoins,
la communication et l’information du grand public
restent au cœur des préoccupations.
Quelques préconisations semblent importantes : faire émerger
l’idée d’un pays de « l’être » plutôt
que le pays de « faire » ; valoriser la mer,
la campagne, la montagne ; il n’y a pas de guerre
de destinations ; favoriser les services de proximité ;
garantir le service et la qualité de l’accueil
; promouvoir l’emploi.
La France est la première nation en terme de qualité de
l’accueil touristique. Il faut cependant renforcer
le professionnalisme des structures d’accueil, d’autant
qu’apparaissent de nouveaux besoins des touristes
: les randonnées « d’experts » ou
les randonnées « rencontres ». René Téboul,
universitaire à Aix-en-Provence, exprime cependant
la crainte que les campagnes ne soient plus exploitées
que par des producteurs de services.
Il souligne que le touriste, en venant à la campagne,
ne fait pas un retour aux sources mais qu’il a le
souci de consommer des loisirs novateurs, fondés
sur l’authenticité. Il recherche le plaisir,
le patrimoine, le culturel, la tradition.
Les entreprises orientées vers le tourisme rural
montrent à l’évidence que l’on
sait produire en garantissant la qualité, l’authenticité,
la traçabilité des produits.
Il est plus difficile de s’organiser, de promouvoir
collectivement les produits d’un terroir et, par
conséquent, de vendre. L’on retrouve ainsi
la raison d’être du thème : mettre en
marché la campagne et de son adéquation avec
la société moderne, ses contradictions et
ses aspirations.
Telles ont été, à travers des exposés,
des visites d’entreprises, des présentations
d’expériences sur le terrain, une table ronde,
les questions au cœur des débats de cette Université d’été,
accueillie par la région Champagne-Ardennes.
Gérard
Lecornu
Vice-président du Grep
Retour en haut
|