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La gazette du Grep

N°27 - octobre 2004 (extraits)


Editorial

Projet GRUNDTVIG : le genre à l'islandaise

Mettre en marché la campagne


 

Editorial

Le Grep a 40 ans. Ce n’est pas encore l’âge canonique mais c’est quand même celui de la maturité... Parallèlement aux actions menées sur quelques sujets qui sont au cœur des préoccupations actuelles (TPE agricoles et rurales, tourisme rural, égalité hommes-femmes) dont la présente gazette se fait l’écho, ce quarantième anniversaire sera l’occasion de participer au grand débat lancé par Edgard Pisani sur les relations entre l’agriculture, les agriculteurs et la société. C’est une manière de continuer la réflexion qu’il a engagée dans son livre Un vieil homme et la terre.

Ces quarante années ont été celles d’une modification radicale du rapport de l’homme à la terre et aux processus biologiques, végétaux et animaux, qui caractérisent la production agricole. La place de l’agriculture dans la société en a été bouleversée.

Symboliquement, nous vous invitons à contribuer à ce grand débat par 40 contributions qui diront tout à la fois la fidélité à votre engagement citoyen et associatif, la fidélité aux causes pour lesquelles le Grep se bat depuis ses débuts, et la fidélité à Edgard Pisani qui a présidé à la naissance du Grep lorsqu’il était ministre de l’Agriculture.
Gageons que ces contributions permettront d’échanger pratiques et réflexions prospectives pour un meilleur avenir.

Joseph Gauter
Vice-président du Grep

 

Projet GRUNDTVIG : le Genre à l’islandaise

Irma Erlingsdòttir, directrice du Centre de recherche en étude Genre à Reykjavìk (Islande), et partenaire du projet transnational Grundtvig (cf. La Gazette du Grep n° 23 et n° 25), présente la spécificité islandaise sur la question de l’égalité des chances hommes-femmes.

Quelle est la mission de ta structure ?
Le Centre de recherche en études Genre (RIKK) à l´Université d´Islande coordonne des projets, pour la plupart interdisciplinaires (santé, salaire, législations...) et organise des conférences et des séminaires. Le RIKK travaille en coopération étroite avec le Comité de l´égalité des chances à l´Université d´Islande, qui tente de faire fonctionner l’Université comme une entité égalitaire. Il collabore également avec le Comité d´égalité des chances de la ville de Reykjavík, pour établir un lien entre la recherche et la société civile, ainsi qu’avec le Bureau national d´égalité des chances. Alors que le RIKK est un institut de recherche, ces trois structures organisent des formations sur l´égalité des chances.

Comment est promue l’égalité des chances dans ton pays ?
Une loi spéciale vise à assurer l’égalité de la condition et des droits des femmes et des hommes dans tous les domaines. La première, relative à l’égalité entre les sexes, a été promulguée en 1976, puis réexaminée plusieurs fois. En 1994, un article sur l’égalité des droits entre hommes et femmes a été incorporé à la Constitution.
Afin de lutter :
• contre toute discrimination (professionnelle, de salaires, de temps de travail...), le gouvernement a créé une Commission des doléances auprès de qui l’on peut porter plainte. Elle est composée de cinq membres dont trois juristes et possède un pouvoir de sanction. Les femmes comme les hommes peuvent saisir cette Commission. La plupart des plaintes émanent de femmes, et concernent principalement les conditions d’emploi (recrutement, cessation d’emploi, rémunération...) ;
• contre les fonctions traditionnelles et les préjugés sur la répartition des rôles, les efforts ont portés sur :
– le développement des possibilités pour les femmes de participer à la vie active, politique et aux prises de décision ;
– la participation des hommes à la prise en charge et à l’éducation des enfants, avec ce que cela implique pour la vie familiale et professionnelle. En 2000, une loi, unique au monde, sur le congé parental a été votée : les hommes ont acquis un congé paternel de trois mois non transférables. Chacun des parents a ainsi droit à 3 mois de congé, plus 3 mois à partager à leur guise. L´Institut de sécurité sociale paye 80 % des salaires. Il sera très intéressant de suivre l´évolution de la situation et de voir si ce congé influe sur le père, les relations familiales, les relations du père dans sa vie professionnelle, les inégalités de salaire...
Mais les avancées juridiques ne suffisent pas : où serions-nous sans la vitalité des associations et des mouvements féministes?

Qu’en est-il des politiques de quotas ?
La loi de 1991 sur l’égalité des chances prévoit, par exemple, qu’en cas d’embauche, s’il y a une femme et un homme, à compétences égales, et que l’entreprise concernée à, en proportion, plus d’hommes, elle devra embaucher la femme. Et inversement !

Le RIKK participe au projet Grundtvig. Cherche t-il à faire évoluer les comportements et les mentalités uniquement dans le cadre professionnel ?
Les démarches et les outils de formations que veut créer notre projet sont conçus afin de promouvoir des changements de mentalité et d’attitude pour une reconnaissance de l’égalité des droits femmes-hommes, non seulement sur le plan des droits civils et politiques, mais aussi sur celui des droits économiques, sociaux et culturels.

Quel était l’objectif du séminaire en Islande ?
Nous avons travaillé sur nos démarches de formation : la description de nos actions, leurs outils et objectifs... Le RIKK a invité les conseillers d´égalité des chances de l´Université d´Islande, de la ville de Reykjavík ainsi que des spécialistes des questions genre. Ces personnes ont présenté leurs actions et nous les avons analysées en groupe transnational.

Les formations mises en place en Islande sont-elles assurées par un homme? une femme? les deux ?
Ces formations sont assurées par des spécialistes des questions genre, dont la grande majorité, en Islande, est féminine. Il peut être important que la formation soit assurée par un couple mixte, pour plus de complémentarité.

As-tu repéré des outils pédagogiques qui fonctionnent bien ? sur quel public ?
Les partenaires du RIKK en Islande organisent des formations pour les cadres, les cadres supérieurs et les étudiants en dernière année d´études. Malheureusement, l´approche genre n´est pas intégrée de façon systématique dans les pratiques courantes de formation.

Comment envisages-tu l’après Grundtvig ?
Un des objectifs du plan d´action du Gouvernement Islandais est d´organiser une formation genre dans les écoles élémentaires. À l´Université, nous nous y préparons en sensibilisant à l´importance de la formation genre et en formant des spécialistes. Un programme (comptant 30 unités de valeur) a été créé en 1996 en premier cycle (60 étudiants en 2004 ; 10 en 2000) ; des étudiants en maîtrise et en doctorat font aussi leur thèse sur cette question.


Propos recueillis par Laurent Bénard
Grep

 

Mettre en marché la campagne

Les 14,15,16 septembre derniers s’est tenue à Troyes la 14e université du tourisme rural organisée par Source.
Pour les professionnels du tourisme, vendre est devenu le mot d’ordre avec la nécessité de mieux écouter les clientèles et donc de mieux les servir. Les touristes recherchent de leur côté une offre structurée, un espace protégé et des produits de qualité.
Si produire est resté longtemps l’objectif prioritaire, il faut désormais satisfaire des touristes de plus en plus exigeants. La vente directe du producteur au client est encore le mode de commercialisation le plus répandu. Mais nul ne peut se contenter d’attendre le client : l’heure est à la mise en marché des produits touristiques et à leur valorisation. Le tourisme rural ne peut cependant pas adopter la même stratégie commerciale que les autres espaces touristiques. Il est relativement délaissé par les tours-opérators car il nécessite une offre de qualité, sécurisante pour le consommateur et permettant de dégager une réelle valeur ajoutée pour les professionnels, et se distingue par une abondance de produits et une importante offre d’activités culturelles et de loisirs.
Dans un contexte de mondialisation, la commercialisation des produits subit l’émergence de la concurrence dans des pays tels que la Chine, les Caraïbes et l’Amérique du Sud. Il en résulte une déstabilisation des prix et une modification des réseaux de distribution. Une rentabilité à court terme est recherchée. Le tourisme rural est contraint de s’adapter, de tenir compte de ces nouvelles données. Il reste néanmoins un produit de proximité.
Quelles sont les perspectives de développement ?
Le tourisme représente actuellement 700 millions de touristes dans le monde et 75 millions en France.
La France connaît un vrai développement touristique qui profite à l’emploi et aux territoires. Une clientèle européenne existe qui ne demande qu’à être séduite. Néanmoins, la communication et l’information du grand public restent au cœur des préoccupations.
Quelques préconisations semblent importantes : faire émerger l’idée d’un pays de « l’être » plutôt que le pays de « faire » ; valoriser la mer, la campagne, la montagne ; il n’y a pas de guerre de destinations ; favoriser les services de proximité ; garantir le service et la qualité de l’accueil ; promouvoir l’emploi.
La France est la première nation en terme de qualité de l’accueil touristique. Il faut cependant renforcer le professionnalisme des structures d’accueil, d’autant qu’apparaissent de nouveaux besoins des touristes : les randonnées « d’experts » ou les randonnées « rencontres ». René Téboul, universitaire à Aix-en-Provence, exprime cependant la crainte que les campagnes ne soient plus exploitées que par des producteurs de services.
Il souligne que le touriste, en venant à la campagne, ne fait pas un retour aux sources mais qu’il a le souci de consommer des loisirs novateurs, fondés sur l’authenticité. Il recherche le plaisir, le patrimoine, le culturel, la tradition.
Les entreprises orientées vers le tourisme rural montrent à l’évidence que l’on sait produire en garantissant la qualité, l’authenticité, la traçabilité des produits.
Il est plus difficile de s’organiser, de promouvoir collectivement les produits d’un terroir et, par conséquent, de vendre. L’on retrouve ainsi la raison d’être du thème : mettre en marché la campagne et de son adéquation avec la société moderne, ses contradictions et ses aspirations.
Telles ont été, à travers des exposés, des visites d’entreprises, des présentations d’expériences sur le terrain, une table ronde, les questions au cœur des débats de cette Université d’été, accueillie par la région Champagne-Ardennes.

Gérard Lecornu
Vice-président du Grep

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