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Débat
et démocratie
Le Grep vient de
tenir son assemblée générale suivie
d’un débat autour du dernier ouvrage d’Edgard
Pisani Un vieil homme et la terre. J’ai toujours été,
comme beaucoup d’entre nous au sein du Grep, intéressé et
impressionné par l’homme qui fut maire, préfet,
ministre du général de Gaulle et de François
Mitterrand et qui occupa d’éminentes fonctions
sur la scène internationale. J’ai également
en mémoire son retour réussi en politique
avec son élection en Haute-Marne comme sénateur.
Aujourd’hui, Edgard Pisani invite le Grep à débattre sur
l’avenir de nos sociétés rurales avec une approche globale
des questions qui s’y posent.
Faisant référence à une décision de première
instance des communautés européennes du 11 septembre 2002, il déclare
: « Mesdames, Messieurs, votre communauté est la conseillère
de la société qui peut seule définir la vie et accomplir
démocratiquement les choix déterminant le destin collectif. Individuelle
et collective, votre responsabilité morale est immense. »
Il affirme avec clarté la puissance des mots : débat et démocratie.
Vive le débat
Le n° 176 de la revue POUR de décembre 2003 montre comment le débat
public est l’instrument démocratique par excellence. Si la libre
expression des idées favorise le débat, comme le souligne une des
auteurs du dossier, Isabelle Gauducheau, consultante en communication, il ne
faut pas gommer la dimension de l’affrontement car « qui dit débat
dit battre, combattre ».
En tout état de cause, il faut que tout le monde cherche sincèrement à exprimer
ce qu’il croit bon pour l’association, dans le respect de l’autre.
C’est la raison pour laquelle le Grep, avec ses administrateurs, a le souci
de veiller, au-delà des préoccupations de gestion, à ce
que tous les éléments d’un débat constructif soient
réunis pour écouter, exprimer ses idées, se positionner,
marquer sa différence, s’affronter… dans les rencontres qu’il
organise et les chantiers qu’il mène.
Vive la démocratie !
De tout temps, des « citoyens du monde » ont combattu pour la défense
de cette idée de démocratie, « gouvernement du peuple, par
le peuple, pour le peuple ». Malheureusement, elle n’est pas le fait
de tous les États du monde. Les citoyens n’ont pas la même
conception de la démocratie et de ses modes d’exercice. Elle peut être
aussi politique, économique, sociale…
On s’en rend bien compte, « l’exercice de la démocratie
est continuellement à inventer » selon le philosophe Claude Lefort,
et à préserver comme un bien inestimable face aux atteintes d’un
monde souvent incertain.
À l’évidence, la démocratie est vivante lorsque des
lieux et des temps de débat sont ouverts.
Faisons en sorte qu’il en soit toujours ainsi au sein du Grep. Soyons des
citoyens associatifs attentifs à un fonctionnement le plus démocratique
possible.
Pour guider notre action !
Les chantiers du Grep sont empreints de cette réflexion :
• alors que le Grep fête ses 40 ans, citons tout d’abord l’actualisation
du projet associatif. Lors de l’assemblée générale
de 2003, les bases en ont été esquissées, à savoir
en premier lieu la confirmation de ce que le Grep n’est pas : ni syndicat,
ni parti politique, ni structure privée de services. C’est une association
de « solitaires solidaires » ; sa politique doit donner du sens à son
action et faire émerger un débat éthique. Sans politique,
le Grep disperserait ses implications ; sans fil conducteur, il emprunterait
la voie du désintérêt de ses adhérents. Nous devons
régulièrement en débattre et l’enrichir, car notre
politique définit les orientations de l’action et nécessite
une cohérence.
Les principes adoptés collectivement et démocratiquement (projet
associatif, statuts, textes d’orientation…) cadrent ainsi notre engagement.
Leur respect est un gage de confiance au sein de nos instances, et nécessite
une grande vigilance. Il en est de même des règles de gestion, car
n’oublions pas que le Grep gère des fonds publics et, qu’à ce
titre, il a une responsabilité particulière. Certaines associations
ont échoué par manque de vigilance. « Un homme averti en
vaut deux » ;
• autre préoccupation, le suivi des actions du Grep.
Certain(e)s d’entre nous ont accepté la responsabilité de « référent(e) » afin
d’accompagner la réalisation des projets, en adéquation avec
la politique du Grep, en s’appuyant sur une méthode de travail que
nous avons ensemble retenue, et avec l’équipe permanente, dont la
coopération franche et loyale est un atout majeur et s’impose.
Pour clarifier davantage notre démarche, je crois qu’il faut avoir
présents à l’esprit ces mots-clés : débattre,
décider, agir, évaluer, valoriser.
Ceux-ci doivent être présents à chaque phase des projets,
sous peine de faire échec au débat et à la démocratie
dans notre association.
Pour conclure cet éditorial, je forme le vœu que nous consacrions
un temps de débat sur l’Europe. C’est la grande aventure de
notre temps et pour cela nous devons enrichir notre commune culture européenne…
Gérard Lecornu
Vice-président du Grep
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Mettre
en réseau
les acteurs d'une éducation à finalité humaine
60 ans, retraité depuis 6 mois, marié depuis 35 ans, père
de 3 enfants et grand-père de trois petits-enfants, cela devrait suffire à mener
une vie calme et simple, entre ballades et jardin. Pourtant je n’ai jamais
autant travaillé, car je ressens un grand sentiment d’urgence
face au présent et à l’avenir, aux espoirs et aux catastrophes
qui s’annoncent et sont déjà là.
Mon parcours a été, somme toute, assez classique. L’agro
(ENSA : École nationale supérieure d’agronomie) en 1964,
travail avec René Dumont, quatre ans en Algérie, puis près
de 10 ans à l’APCA (Assemblée permanente des Chambres d’agriculture).
Dans les années 1970 je menais une double vie politique, sous le nom
d’Hector Coiron : commission agricole du PSU, puis participation à la
création de la commission agricole du PS. Parallèlement, nous
avons avec nos deux, puis trois enfants, vécu avec bonheur une expérience
de communauté à deux ménages, avec partage égalitaire
des tâches hommes/femmes et éducation des enfants en commun.
L’arrivée de la gauche au pouvoir a été pour moi
un tournant. Brusquement, je me suis retrouvé au cabinet d’Edith
Cresson, ministre de l’Agriculture. J’y ai beaucoup appris, réussi
quelques avancées. Mais très vite, il est apparu que le programme,
longuement élaboré, était foulé aux pieds. Les
hommes et femmes de conviction devenaient dangereux pour ceux dont la motivation était
le pouvoir ou l’intérêt personnel. Cette désillusion
sur Mitterrand et son entourage ont entraîné une rupture. J’ai
cessé de travailler au sein du PS pour fonder successivement plusieurs
clubs de réflexion : MARS (pour un Mouvement agricole et rural solidaire)
en 1983, avec Joseph Racapé, puis AVRIL (Association pour l’avenir
des régions et les initiatives locales), trois ans plus tard. En 1983,
j’ai quitté l’Agriculture en entrant à la Datar (Délégation à l’aménagement
du territoire et à l’action régionale), pour m’occuper
de planification régionale, de politique régionale européenne,
puis de développement local. J’ai appris à travailler au
sein des rouages du pouvoir, espérant toujours changer l’État
de l’intérieur. J’ai eu d’autres expériences
de cabinets ministériels avec Gaston Defferre et Jacques Chérèque.
De 1989 à 1994, j’ai animé le CRIDEL (Centre de rencontres
et d’initiatives pour le développement local). En 1995, je suis
revenu à la Datar, où j’ai préparé le « plan
pour l’avenir du monde rural », promis par Chirac candidat, refusé par
Juppé Premier ministre. Ayant travaillé deux ans pour rien, j’ai
décidé de quitter l’administration. J’ai créé l’École
des territoires, à la Bergerie nationale de Rambouillet, un lieu de
formation, de rencontres et de mise en réseau au service de l’enseignement
agricole et des acteurs locaux. J’y suis resté 6 ans, et j’y
ai coulé des jours heureux, au contact d’expériences de
terrain, loin du pouvoir et nettement plus productif.
Au plan personnel, 1986 avait été pour moi un second tournant
important. J’avais fait le point sur ma vie depuis
15 ans. Sans renier mes convictions, j’ai remis en cause le choix du
tout politique fait en 1973 (une quasi-religion), pour redonner de la force
et du sens aux relations personnelles, à l’écoute, à des
temps de méditation et de recherche spirituelle, sans pour autant revenir à la
foi catholique de ma jeunesse. Je me suis aperçu que je risquais de
ne pas transmettre à mes enfants, adolescents, ce qui faisait l’essentiel
de ma vie, et j’ai décidé de passer du temps avec eux.
J’ai repris du service pendant six ans pour m’occuper d’un
groupe de jeunes du scoutisme protestant (EEUdF). Ce temps passé avec
des jeunes m’a beaucoup appris.
Au plan politique, dès 1990, il est apparu au sein d’AVRIL « qu’il
ne servait à rien de mouliner des projets de réforme, alors que
les problèmes de société s’élargissent sous
nos pas ». Nous avons commencé à travailler sur un projet
de société solidaire. Cette réflexion s’est prolongée
au sein du cercle Condorcet de Paris, puis de PUSS (Association Pour une société solidaire).
Ma participation au forum social mondial de Porto Alegre en février
2002, a été importante : elle m’a fait prendre conscience
que nous ne sommes pas seuls. Partout dans le monde des actions inventent des
oasis de solidarité, rendent les dominés plus libres et plus
autonomes, répondent à l'injustice et satisfont des besoins humains
fondamentaux. Une action locale ou individuelle, même très limitée,
a une portée globale. Le forum m’a aussi donné une conscience
plus claire des conséquences tragiques du capitalisme mondialisé.
Celui-ci apporte à une minorité (environ 10 % des habitants)
une quiétude et un confort acquis par le sang et les larmes de la majorité des
habitants de la planète. Notre confort, comme celui des classes privilégiées
du Sud, fait partie du système d'oppression mondiale.
Je me suis donc posé la question « Que faire dans les prochaines
années ? » J’ai pensé que l’éducation
est une des armes les plus importantes, face aux enjeux et aux événements,
qui vont très certainement bouleverser le monde des prochaines années.
Nous aurons besoin de citoyens capables de construire un avenir plus humain.
Comment permettre à chacun d’être acteur de sa propre vie
et citoyen d’un monde solidaire ? La réponse est globale : relations
parents-enfants, école, loisirs, consommation, médias, échanges
internationaux, éducation au développement durable, action politique
et syndicale, etc., contribuent à faire ou défaire un citoyen.
De nombreuses expériences et réseaux ont, parfois depuis longtemps,
développé des expériences porteuses d’une telle éducation émancipatrice.
Nous avons donc, avec un noyau initial d’acteurs décidé de
créer Récit (Réseau des écoles de citoyens) en
octobre 2002.
Récit s’est rapidement développé. De trente personnes
au départ, il touche aujourd’hui 1 600 personnes et 240 organisations.
Le réseau a généré des réflexions multiples,
des échanges de pratiques sur le terrain, des contacts et des débats.
Nous avons organisé en février 2004 les premières rencontres
de l’éducation citoyenne à Lille, avec 500 participants,
dont 150 expériences de terrain et 190 organisations. Nous avons lancé un
appel aux régions et aux départements qui a recueilli à ce
jour 350 signatures. Le réseau se développe d’une manière
qui dépasse nos espérances, car il répond à une
question de société et rassemble beaucoup de militants qui répondent à leur
niveau, trouvent des solutions, réussissent à faire partager
une autre conception des choses. Le travail fait par Récit commence à montrer
qu’un autre rapport au collectif peut se construire sur de valeurs communes
: respect de l’autre, souci du long terme, logique de coopération,
solidarité, partage, laïcité ouverte, sous des formes renouvelées.
Il montre aussi qu’il faut pour cela changer de comportements collectifs
et individuels, pratiquer le dialogue, la participation, la réciprocité,
travailler sur soi à une cohérence effective entre sa pensée
et son action.
Le 1er janvier dernier, j’ai décidé de prendre ma retraite
dès 60 ans, à taux réduit, pour travailler à plein
temps pour Récit. Quatre ans de liberté, cela n’a pas de
prix. Je ne regrette pas. Je tire de ce choix une liberté. Ma vie est
plus lisible. J’ai la satisfaction d’agir à 100 % pour une
cause qui me paraît utile et juste.
Didier Minot
Éducation
citoyenne : Récit d’un appel
L’association Récit relance un appel aux régions, aux départements
et aux territoires locaux en faveur de l’éducation citoyenne.
Dans une pétition, 350 acteurs associatifs déplorent la non-transmission
de la citoyenneté aux nouvelles générations : c’est
un problème vital pour la démocratie. Notre société qui
travaille à rebours en valorisant une contre-éducation (individualisme,
matérialisme, compétition) par la pub, l’école ou
notre mode de consommation, la politique publique régressive qui retire
ses aides et durcit les législations, ne font qu’éloigner
les citoyens de la maîtrise de leur vie. Récit fédère
des expériences émancipatrices : au-delà des clivages
gauche/droite, il s’agit surtout de changer la façon de faire
et de participer à la politique. Certains élus régionaux
et départementaux (Gers et Meurthe-et-Moselle) ont déjà répondu à l’appel
pour accompagner des projets éducatifs locaux au travers de contrats
de pays.
Pour les rejoindre et signer l’appel : envoyer un mèl à educationcitoyenne@recit.net ou
un courrier à Récit, 15 av. R. Fleury 78220 Viroflay - Site : www.recit.net
N’hésitez pas à le faire circuler !
Projet DEPART : Développer l’emploi autour
du patrimoine rural sur les territoires
Ce projet découle
de la convergence de préoccupations rencontrées
par des structures qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.
De façon transversale, elles vont mettre en œuvre des expérimentations
de développement d’activités et d’emploi autour du
patrimoine rural avec une approche d’égalité des chances
entre les hommes et les femmes, en agissant sur les systèmes et au plus
près des publics. La richesse du patrimoine rural français rarement
classé ou protégé (naturel et bâti), favorise le développement
d’activités de plus en plus spécialisées dans le tourisme,
la culture, l’artisanat… Cependant les emplois qui s’y réfèrent
sont généralement précaires, isolés, souvent méconnus,
menacés et de plus en plus polyvalents. C’est pourquoi, dans le
cadre du thème F (adaptation des entreprises et des salariés),
le Grep a pris part à la discussion qui va s’engager autour de l’emploi
dans le patrimoine rural.
C’est un second projet EQUAL déposé le 15 juin 2004 : il
est porté par Source (Centre national de ressources du tourisme et du
patrimoine rural), en partenariat avec l’Unarec, la FEMS (Fédération
des écomusées et musées de société), la FPNRF
(Fédération des parcs naturels régionaux de France) et l’Afrat
(Association pour la formation des ruraux aux activités du tourisme).
Quatre thématiques principales :
• améliorer la connaissance de ces emplois ;
• augmenter les capacités d’insertion autour de ces métiers
(souvent sous-estimées) ;
• identifier les qualifications les plus adaptées à leur
exercice ;
• améliorer la qualité de l’accompagnement des structures
et des personnes…
Première réponse à la rentrée !
Contact : Ludovic Pommaret, Source
Enita - Clermont Ferrand
63370 Lempdes
Tél. : 04 73 98 13 16
source@enitac.fr
www.source.asso.fr
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