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La gazette du Grep

N°26 - juillet 2004 (extraits)


Editorial : Débat et démocratie

Autoportrait d'un adhérent
Didier Minot : Mettre en réseau les acteurs d'une éducation à finalité humaine

Projet DEPART : Développer l’emploi autour du patrimoine rural sur les territoires


 

Débat et démocratie

Le Grep vient de tenir son assemblée générale suivie d’un débat autour du dernier ouvrage d’Edgard Pisani Un vieil homme et la terre. J’ai toujours été, comme beaucoup d’entre nous au sein du Grep, intéressé et impressionné par l’homme qui fut maire, préfet, ministre du général de Gaulle et de François Mitterrand et qui occupa d’éminentes fonctions sur la scène internationale. J’ai également en mémoire son retour réussi en politique avec son élection en Haute-Marne comme sénateur.
Aujourd’hui, Edgard Pisani invite le Grep à débattre sur l’avenir de nos sociétés rurales avec une approche globale des questions qui s’y posent.
Faisant référence à une décision de première instance des communautés européennes du 11 septembre 2002, il déclare : « Mesdames, Messieurs, votre communauté est la conseillère de la société qui peut seule définir la vie et accomplir démocratiquement les choix déterminant le destin collectif. Individuelle et collective, votre responsabilité morale est immense. »
Il affirme avec clarté la puissance des mots : débat et démocratie.

Vive le débat

Le n° 176 de la revue POUR de décembre 2003 montre comment le débat public est l’instrument démocratique par excellence. Si la libre expression des idées favorise le débat, comme le souligne une des auteurs du dossier, Isabelle Gauducheau, consultante en communication, il ne faut pas gommer la dimension de l’affrontement car « qui dit débat dit battre, combattre ».
En tout état de cause, il faut que tout le monde cherche sincèrement à exprimer ce qu’il croit bon pour l’association, dans le respect de l’autre.
C’est la raison pour laquelle le Grep, avec ses administrateurs, a le souci de veiller, au-delà des préoccupations de gestion, à ce que tous les éléments d’un débat constructif soient réunis pour écouter, exprimer ses idées, se positionner, marquer sa différence, s’affronter… dans les rencontres qu’il organise et les chantiers qu’il mène.

Vive la démocratie !

De tout temps, des « citoyens du monde » ont combattu pour la défense de cette idée de démocratie, « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Malheureusement, elle n’est pas le fait de tous les États du monde. Les citoyens n’ont pas la même conception de la démocratie et de ses modes d’exercice. Elle peut être aussi politique, économique, sociale…
On s’en rend bien compte, « l’exercice de la démocratie est continuellement à inventer » selon le philosophe Claude Lefort, et à préserver comme un bien inestimable face aux atteintes d’un monde souvent incertain.
À l’évidence, la démocratie est vivante lorsque des lieux et des temps de débat sont ouverts.
Faisons en sorte qu’il en soit toujours ainsi au sein du Grep. Soyons des citoyens associatifs attentifs à un fonctionnement le plus démocratique possible.

Pour guider notre action !

Les chantiers du Grep sont empreints de cette réflexion :
• alors que le Grep fête ses 40 ans, citons tout d’abord l’actualisation du projet associatif. Lors de l’assemblée générale de 2003, les bases en ont été esquissées, à savoir en premier lieu la confirmation de ce que le Grep n’est pas : ni syndicat, ni parti politique, ni structure privée de services. C’est une association de « solitaires solidaires » ; sa politique doit donner du sens à son action et faire émerger un débat éthique. Sans politique, le Grep disperserait ses implications ; sans fil conducteur, il emprunterait la voie du désintérêt de ses adhérents. Nous devons régulièrement en débattre et l’enrichir, car notre politique définit les orientations de l’action et nécessite une cohérence.
Les principes adoptés collectivement et démocratiquement (projet associatif, statuts, textes d’orientation…) cadrent ainsi notre engagement. Leur respect est un gage de confiance au sein de nos instances, et nécessite une grande vigilance. Il en est de même des règles de gestion, car n’oublions pas que le Grep gère des fonds publics et, qu’à ce titre, il a une responsabilité particulière. Certaines associations ont échoué par manque de vigilance. « Un homme averti en vaut deux » ;
• autre préoccupation, le suivi des actions du Grep.
Certain(e)s d’entre nous ont accepté la responsabilité de « référent(e) » afin d’accompagner la réalisation des projets, en adéquation avec la politique du Grep, en s’appuyant sur une méthode de travail que nous avons ensemble retenue, et avec l’équipe permanente, dont la coopération franche et loyale est un atout majeur et s’impose.
Pour clarifier davantage notre démarche, je crois qu’il faut avoir présents à l’esprit ces mots-clés : débattre, décider, agir, évaluer, valoriser.
Ceux-ci doivent être présents à chaque phase des projets, sous peine de faire échec au débat et à la démocratie dans notre association.
Pour conclure cet éditorial, je forme le vœu que nous consacrions un temps de débat sur l’Europe. C’est la grande aventure de notre temps et pour cela nous devons enrichir notre commune culture européenne…


Gérard Lecornu
Vice-président du Grep

 

Mettre en réseau les acteurs d'une éducation à finalité humaine

60 ans, retraité depuis 6 mois, marié depuis 35 ans, père de 3 enfants et grand-père de trois petits-enfants, cela devrait suffire à mener une vie calme et simple, entre ballades et jardin. Pourtant je n’ai jamais autant travaillé, car je ressens un grand sentiment d’urgence face au présent et à l’avenir, aux espoirs et aux catastrophes qui s’annoncent et sont déjà là.
Mon parcours a été, somme toute, assez classique. L’agro (ENSA : École nationale supérieure d’agronomie) en 1964, travail avec René Dumont, quatre ans en Algérie, puis près de 10 ans à l’APCA (Assemblée permanente des Chambres d’agriculture). Dans les années 1970 je menais une double vie politique, sous le nom d’Hector Coiron : commission agricole du PSU, puis participation à la création de la commission agricole du PS. Parallèlement, nous avons avec nos deux, puis trois enfants, vécu avec bonheur une expérience de communauté à deux ménages, avec partage égalitaire des tâches hommes/femmes et éducation des enfants en commun.
L’arrivée de la gauche au pouvoir a été pour moi un tournant. Brusquement, je me suis retrouvé au cabinet d’Edith Cresson, ministre de l’Agriculture. J’y ai beaucoup appris, réussi quelques avancées. Mais très vite, il est apparu que le programme, longuement élaboré, était foulé aux pieds. Les hommes et femmes de conviction devenaient dangereux pour ceux dont la motivation était le pouvoir ou l’intérêt personnel. Cette désillusion sur Mitterrand et son entourage ont entraîné une rupture. J’ai cessé de travailler au sein du PS pour fonder successivement plusieurs clubs de réflexion : MARS (pour un Mouvement agricole et rural solidaire) en 1983, avec Joseph Racapé, puis AVRIL (Association pour l’avenir des régions et les initiatives locales), trois ans plus tard. En 1983, j’ai quitté l’Agriculture en entrant à la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), pour m’occuper de planification régionale, de politique régionale européenne, puis de développement local. J’ai appris à travailler au sein des rouages du pouvoir, espérant toujours changer l’État de l’intérieur. J’ai eu d’autres expériences de cabinets ministériels avec Gaston Defferre et Jacques Chérèque. De 1989 à 1994, j’ai animé le CRIDEL (Centre de rencontres et d’initiatives pour le développement local). En 1995, je suis revenu à la Datar, où j’ai préparé le « plan pour l’avenir du monde rural », promis par Chirac candidat, refusé par Juppé Premier ministre. Ayant travaillé deux ans pour rien, j’ai décidé de quitter l’administration. J’ai créé l’École des territoires, à la Bergerie nationale de Rambouillet, un lieu de formation, de rencontres et de mise en réseau au service de l’enseignement agricole et des acteurs locaux. J’y suis resté 6 ans, et j’y ai coulé des jours heureux, au contact d’expériences de terrain, loin du pouvoir et nettement plus productif.
Au plan personnel, 1986 avait été pour moi un second tournant important. J’avais fait le point sur ma vie depuis
15 ans. Sans renier mes convictions, j’ai remis en cause le choix du tout politique fait en 1973 (une quasi-religion), pour redonner de la force et du sens aux relations personnelles, à l’écoute, à des temps de méditation et de recherche spirituelle, sans pour autant revenir à la foi catholique de ma jeunesse. Je me suis aperçu que je risquais de ne pas transmettre à mes enfants, adolescents, ce qui faisait l’essentiel de ma vie, et j’ai décidé de passer du temps avec eux. J’ai repris du service pendant six ans pour m’occuper d’un groupe de jeunes du scoutisme protestant (EEUdF). Ce temps passé avec des jeunes m’a beaucoup appris.
Au plan politique, dès 1990, il est apparu au sein d’AVRIL « qu’il ne servait à rien de mouliner des projets de réforme, alors que les problèmes de société s’élargissent sous nos pas ». Nous avons commencé à travailler sur un projet de société solidaire. Cette réflexion s’est prolongée au sein du cercle Condorcet de Paris, puis de PUSS (Association Pour une société solidaire). Ma participation au forum social mondial de Porto Alegre en février 2002, a été importante : elle m’a fait prendre conscience que nous ne sommes pas seuls. Partout dans le monde des actions inventent des oasis de solidarité, rendent les dominés plus libres et plus autonomes, répondent à l'injustice et satisfont des besoins humains fondamentaux. Une action locale ou individuelle, même très limitée, a une portée globale. Le forum m’a aussi donné une conscience plus claire des conséquences tragiques du capitalisme mondialisé. Celui-ci apporte à une minorité (environ 10 % des habitants) une quiétude et un confort acquis par le sang et les larmes de la majorité des habitants de la planète. Notre confort, comme celui des classes privilégiées du Sud, fait partie du système d'oppression mondiale.
Je me suis donc posé la question « Que faire dans les prochaines années ? » J’ai pensé que l’éducation est une des armes les plus importantes, face aux enjeux et aux événements, qui vont très certainement bouleverser le monde des prochaines années. Nous aurons besoin de citoyens capables de construire un avenir plus humain. Comment permettre à chacun d’être acteur de sa propre vie et citoyen d’un monde solidaire ? La réponse est globale : relations parents-enfants, école, loisirs, consommation, médias, échanges internationaux, éducation au développement durable, action politique et syndicale, etc., contribuent à faire ou défaire un citoyen. De nombreuses expériences et réseaux ont, parfois depuis longtemps, développé des expériences porteuses d’une telle éducation émancipatrice. Nous avons donc, avec un noyau initial d’acteurs décidé de créer Récit (Réseau des écoles de citoyens) en octobre 2002.
Récit s’est rapidement développé. De trente personnes au départ, il touche aujourd’hui 1 600 personnes et 240 organisations. Le réseau a généré des réflexions multiples, des échanges de pratiques sur le terrain, des contacts et des débats. Nous avons organisé en février 2004 les premières rencontres de l’éducation citoyenne à Lille, avec 500 participants, dont 150 expériences de terrain et 190 organisations. Nous avons lancé un appel aux régions et aux départements qui a recueilli à ce jour 350 signatures. Le réseau se développe d’une manière qui dépasse nos espérances, car il répond à une question de société et rassemble beaucoup de militants qui répondent à leur niveau, trouvent des solutions, réussissent à faire partager une autre conception des choses. Le travail fait par Récit commence à montrer qu’un autre rapport au collectif peut se construire sur de valeurs communes : respect de l’autre, souci du long terme, logique de coopération, solidarité, partage, laïcité ouverte, sous des formes renouvelées. Il montre aussi qu’il faut pour cela changer de comportements collectifs et individuels, pratiquer le dialogue, la participation, la réciprocité, travailler sur soi à une cohérence effective entre sa pensée et son action.
Le 1er janvier dernier, j’ai décidé de prendre ma retraite dès 60 ans, à taux réduit, pour travailler à plein temps pour Récit. Quatre ans de liberté, cela n’a pas de prix. Je ne regrette pas. Je tire de ce choix une liberté. Ma vie est plus lisible. J’ai la satisfaction d’agir à 100 % pour une cause qui me paraît utile et juste.

Didier Minot

Éducation citoyenne : Récit d’un appel
L’association Récit relance un appel aux régions, aux départements et aux territoires locaux en faveur de l’éducation citoyenne. Dans une pétition, 350 acteurs associatifs déplorent la non-transmission de la citoyenneté aux nouvelles générations : c’est un problème vital pour la démocratie. Notre société qui travaille à rebours en valorisant une contre-éducation (individualisme, matérialisme, compétition) par la pub, l’école ou notre mode de consommation, la politique publique régressive qui retire ses aides et durcit les législations, ne font qu’éloigner les citoyens de la maîtrise de leur vie. Récit fédère des expériences émancipatrices : au-delà des clivages gauche/droite, il s’agit surtout de changer la façon de faire et de participer à la politique. Certains élus régionaux et départementaux (Gers et Meurthe-et-Moselle) ont déjà répondu à l’appel pour accompagner des projets éducatifs locaux au travers de contrats de pays.
Pour les rejoindre et signer l’appel : envoyer un mèl à educationcitoyenne@recit.net ou un courrier à Récit, 15 av. R. Fleury 78220 Viroflay - Site : www.recit.net
N’hésitez pas à le faire circuler !

 


Projet DEPART : Développer l’emploi autour du patrimoine rural sur les territoires

Ce projet découle de la convergence de préoccupations rencontrées par des structures qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. De façon transversale, elles vont mettre en œuvre des expérimentations de développement d’activités et d’emploi autour du patrimoine rural avec une approche d’égalité des chances entre les hommes et les femmes, en agissant sur les systèmes et au plus près des publics. La richesse du patrimoine rural français rarement classé ou protégé (naturel et bâti), favorise le développement d’activités de plus en plus spécialisées dans le tourisme, la culture, l’artisanat… Cependant les emplois qui s’y réfèrent sont généralement précaires, isolés, souvent méconnus, menacés et de plus en plus polyvalents. C’est pourquoi, dans le cadre du thème F (adaptation des entreprises et des salariés), le Grep a pris part à la discussion qui va s’engager autour de l’emploi dans le patrimoine rural.
C’est un second projet EQUAL déposé le 15 juin 2004 : il est porté par Source (Centre national de ressources du tourisme et du patrimoine rural), en partenariat avec l’Unarec, la FEMS (Fédération des écomusées et musées de société), la FPNRF (Fédération des parcs naturels régionaux de France) et l’Afrat (Association pour la formation des ruraux aux activités du tourisme).
Quatre thématiques principales :
• améliorer la connaissance de ces emplois ;
• augmenter les capacités d’insertion autour de ces métiers (souvent sous-estimées) ;
• identifier les qualifications les plus adaptées à leur exercice ;
• améliorer la qualité de l’accompagnement des structures et des personnes…
Première réponse à la rentrée !
Contact : Ludovic Pommaret, Source
Enita - Clermont Ferrand
63370 Lempdes
Tél. : 04 73 98 13 16
source@enitac.fr
www.source.asso.fr

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