Dans
quelques mois, le Grep fête ses 40 ans. Lieu de réflexion,
d’échanges et de débat créé
en 1964 pour accompagner la loi d’orientation agricole
dans sa dimension d’animation rurale, l’association
a suivi les évolutions du monde rural, dans sa globalité,
au-delà du seul secteur agricole. Attentif aux enjeux
d’un développement territorial – économique,
social et culturel – dans une dynamique de construction
européenne et de décentralisation, le Grep
a conduit des projets sur l’éducation et la
formation, le développement local, et plus récemment
sur l’emploi, les nouvelles formes d’organisation
du travail, l’approche par genre…
L’analyse des mutations sociales reste un objectif
prioritaire dans un contexte européen qui s’inscrit
aujourd’hui dans la mondialisation, élargissant
nos champs d’investigation. Nous n’oublions
pas pour autant la dimension locale : les valeurs culturelles
et l’identité territoriale, l’articulation
des temps sociaux…
Comme la plupart des mouvements d’éducation
populaire, le Grep favorise les actions qui répondent
aux besoins de chaque terrain, utilise – quitte à
les tordre – les différents dispositifs en
les adaptant aux réalités diverses et changeantes.
Après avoir confronté les expériences,
il peut interpeller les institutions, leur faire des propositions.
Le Grep revendique son autonomie tout en travaillant avec
les appareils d’État, notamment en maintenant
des liens privélégiés avec le ministère
de l’Agriculture. Il noue des partenariats nationaux
et transnationaux et entend poursuivre sa collaboration
avec le milieu associatif et avec tout acteur intervenant
pour et dans les territoires : professionnels, institutionnels,
élu(e)s, chercheurs… Il défend un partenariat
ouvert et un fonctionnement en réseau, où
chacun a sa place, où il est possible de construire
collectivement.
Quarante ans après, le Grep a évolué,
il s’est adapté mais il garde et gardera toujours
les mêmes valeurs.
En février, les éditions
du Seuil ont publié « Un vieil homme et la
terre », d’Edgard Pisani. Le sous-titre de
ce livre précise : « Neuf milliards d’êtres
à nourrir. La nature et les sociétés
rurales à sauvegarder »… Le Grep, attentif
aux publications de cet ancien ministre de l’Agriculture
qui a contribué à la création de
l’association, a rapidement organisé une
rencontre avec une douzaine d’adhérent(e)s
et de partenaires : chercheurs, professionnels, associatifs
du monde rural et des questions agricoles.
Comment s’organisent les
relations entre le monde de l’agriculture, l’espace
rural, l’économie et la société
?
Edgard Pisani est un vieil homme de 85 ans, mais il est
de taille à lancer un « appel » qui
réactive le débat sur l’organisation
des politiques agricoles et l’aménagement
de l’espace rural. Il dresse le bilan d’un
système agricole productiviste et formule des propositions
d’orientation tant au niveau national, européen
que mondial. Sa réflexion navigue d’un bord
à l’autre avec les instruments argumentaires
d’un connaisseur de la Politique agricole commune
(il l’a négociée en 1973…),
mais aussi une boussole frappée au bon sens quant
à l’analyse des besoins alimentaires et les
ressorts de mise en œuvre permettant d’y répondre.
C’est peut-être d’une méthode
dont pourrait bien accoucher l’émulation
intellectuelle que génère ce livre…
Partir des besoins et non des
idéologies…
Le secteur agricole français
est complexe, c’est un moteur deux-temps. La politique
agricole commune qui fixe le régime de ce moteur
est l’une des premières mécaniques
européennes. Depuis 1962, année de la mise
en œuvre d’une loi d’orientation agricole
par Edgard Pisani, la France a non seulement réussi
à atteindre son autosuffisance alimentaire, mais
est devenue le premier producteur agricole européen
et le second mondial… Cependant, le nombre d’agriculteurs
diminue chaque année et la superficie moyenne des
exploitations agricoles augmente, favorisant la disparition
des petites au profit des plus grosses. Les jeunes désireux
de s’installer en agriculture ne trouvent pas de
fermes à reprendre, les agriculteurs déjà
installés s’agrandissent quand l’un
d’entre eux part en retraite ou vend sa ferme. La
concentration des types de production sur des territoires
adaptés aux nouveaux usages du marché, les
fameux « bassins de production », s’est
faite dans l’urgence des besoins quantitatifs au
détriment d’une raison quali-tative et environnementale.
Le principe de précaution et l’idée,
certes en cours de précision, de gestion durable
sont récents… C’est du moins l’un
des bilans que l’on peut faire de la situation française,
laquelle reste une tendance majeure pour l’ensemble
de l’Union européenne, compte tenu du poids
économique de l’Hexagone dans ce secteur.
Précisons un facteur d’importance : les aides
publiques, qui constituent une large part des revenus
des agriculteurs, conditionnent la pérennité
de leur activité et interagissent avec les règles
commerciales en cours de discussion à l’OMC…
Sur ce point, Edgard Pisani est intraitable : «
Le marché, c’est comme le sport, il faut
des règles et un arbitre. » Mais il avait
ouvert la discussion en formulant une question : «
Comment expliquer à un public non initié
que jadis l’agriculture influençait le politique,
lequel a depuis abandonné ce “champs primaire”
aux seuls spécialistes de l’économie
qui découvrent qu’une société
globale est en train de prendre conscience de son action
à l’égard de la consommation ?…
»
L’un des participants à la discussion, horticulteur
et membre de l’AFIP 1, recentre la problématique
: « Comment faire pour
que la société prenne conscience du problème
agricole et crée des passerelles entre urbains
et ruraux ? » Le débat est donc lancé…
L’éclectisme des personnes réunies
autour de l’ex-ministre produit des étincelles
diverses et réactives.
M. Pisani précise les lieux où pourraient
s’établir les différents chantiers
qu’induit cette recherche d’informations et
d’explications. Autre interrogation : où
mène un système, européen ou américain,
qui repose sur des subventions proportionnelles à
la superficie exploitée dans une partie du monde
occidental et participe à la déprise agricole
mondiale ?
Cette dernière question suscite de nombreuses prises
de parole… Elle est au cœur de bien des débats
actuels, mais plus rarement anime-t-elle la volonté
des milieux politiques de se donner les moyens d’y
répondre. La subvention telle qu’elle est
structurée aujourd’hui est-elle plus perverse
que la régulation ? L’ex-ministre interroge
les experts et constate que nous payons de moins en moins
chers les produits vitaux et de plus en plus chers des
objets moins nécessaires… « Là-dessus,
mon livre n’est qu’une hypothèse de
travail où j’essaie de proposer une vision
alternative », précise-t-il.
La sauvegarde du monde rural est un des points de levier
de la réflexion de M. Pisani et il réoriente
le débat en rappelant que « l’année
dernière, 25 millions de Chinois ruraux ont quitté
leur campagne pour rejoindre la ville et sa périphérie.
Est-ce que la régulation économique doit
canaliser les mouvements de population ?… C’est
un problème de doctrine. »
«
Faut-il revisiter le modèle d’installation
des jeunes agriculteurs ? Comment permettre de faciliter
cette dernière ? Faut-il poursuivre l’idée
d’une multifonctionnalité de l’exploitation
agricole ? », interroge la représentante
du MRJC.
Edgard Pisani regrette de n’avoir pas été
suffisamment en mesure dans son ouvrage d’aborder
le problème agricole par une analyse sociologique,
notamment sur le rôle de l’installation des
jeunes, le rôle des femmes et l’organisation
sociale des campagnes… Qu’en est-il de la
politique d’éducation qui singularisait l’enseignement
agricole ?, se demande une membre du Grep. «
L’éducation fonctionne quand on réussit
à y transmettre la maîtrise de soi et la
capacité de choix, complémentairement…
» répond M. Pisani.
Nous constatons que la difficulté consiste à
réussir à considérer le problème
agricole à travers les trois prismes qui le structurent
: les échelles nationale, européenne et
mondiale. « Il faut partir du global et redescendre
progressivement vers le local, conseille M. Pisani. Cependant,
l’expérience nous montre que l’unité
du problème n’est perçue qu’à
partir du terrain et qu’il s’agit de maintenir
cette unité dans l’élévation
de la fonctionnalité… »
Cette volonté d’unité dans l’organisation
de la méthode s’articule en quatre actions
que pointe Edgard Pisani :
• sortir du système conservatoire de l’espace
agricole,
• définir précisément les règles
des pratiques agricoles,
• rémunérer ceux qui respectent ces
règles,
• pénaliser ceux qui ne les respectent pas.
« Le Grep ne pourrait-il être le partenaire
d’une étude ouverte sur les problèmes
sociologiques et environnementaux liés à
l’agriculture ? », propose soudain Edgard
Pisani… La proposition est relayée, les neurones
s’interconnectent : combien de temps pour réaliser
un schéma d’étude dans lequel on intégrera
les données économiques, les dynamiques
sociales et environnementales, l’éducation,
en tentant de dégager une meilleure visibilité
du secteur rural ?«
Il n’y a pas de meilleure approche politique et
éthique que l’agriculture, car c’est
là que se joue au plus fort le problème
de la sécurité et de la garantie de la ressource
nourricière, donc d’un lien social fondamental…
On nous a nourris de réponses bureaucratiques,
alors qu’il s’agit d’organiser le sentiment
d’une nécessité », finit
par lâcher Edgard Pisani.
L’appel est lancé, l’écho s’en
répercute et les bonnes volontés s’organisent.
À suivre…
Jean-Marc Neuville Journaliste
Invitation à lire et à
débattre
L'agriculture… c’est
bien plus que l’agriculture
• C'est la sécurité
alimentaire quantitative de tous: la fin de la faim,
• C'est la sécurité qualitative des
aliments,
• C'est une recherche qui nous promet et nous inquiète,
• C'est l'environnement, l'épuisement des ressources
naturelles, notre durée,
• Ce sont quatre cinquième de notre espace
et l'avenir des sociétés rurales
• Ce sont plus d'un milliard de familles paysannes
pauvres, des centaines de millions d'exploitations agricoles
en difficulté, un réseau multiple et dynamique
d'entreprises industrielles et commerciales,
• C'est la contradiction qui s'accroît entre
des réalités naturelles et culturelles infiniment
diverses et une globalisation devenue idéologie
Entre toutes ces nécessités
et ces dynamiques
• C'est le besoin de politiques régulatrices
et médiatrices aux niveaux national, européen
et mondial.
Ces questions sont étudiées
et traitées par Edgard
Pisani
• dans le livre Un vieil homme et la terre édité
par Le Seuil
• sur le forum : www.vieilhommeetlaterre.com
Dossier spécial de la Gazette
: Égalité entre les femmes et les hommes.
L’approche genre, un outil d’analyse
Le Grep intègre l’approche
genre dans tous les projets nationaux et européens
où il est impliqué. Il vient de participer
à la réalisation du dossier « Femmes
et développement – l’approche genre,
un outil d’analyse » que publie Transrural
initiatives (1) dans son n° 257 daté du 16
mars 2004.
Après avoir pointé les inégalités
persistantes entre les hommes et les femmes, ce dossier
présente les grandes lignes de l’approche
genre illustrées par quelques expériences
dans le développement local en France, en Pologne
et en Afrique. Par exemple, la prochaine adhésion
de la Pologne à l’Union européenne
risque de remettre en cause l’équilibre familial
dans les petites exploitations agricoles si les activités
traditionnellement féminines dédiées
à l’autoconsommation ne sont pas prises en
compte dans les politiques agricoles.
Certaines expériences de développement en
Afrique montrent que le « mainstreaming de genre
» (2) est insuffisant si on ne met pas les femmes
en capacité d’atteindre l’égalité.
Le Grep présente ici quatre pages consacrées
à d’autres champs où l’approche
genre fait avancer l’égalité entre
les hommes et les femmes : la formation, l’accompagnement
à la création de TPE, la médiation.
Catherine Laidin (FNCIVAM) Co-réalisatrice avec
le Grep du dossier « Femmes et développement
–
l’approche genre, un outil d’analyse »
1- Transrural intitiatives – ADIR
– 2, rue Paul Escudier – 75009 Paris
Tél. : 01 48 74 52 88 – E.mail : transrural@globenet.org
2- Prise en compte des situations spécifiques des
hommes et des femmes dans les politiques publiques.
Sortir du neutre masculin
(1)
Dire l'homme, les actifs, les
acteurs, les jeunes, fait référence le plus
souvent au genre masculin et n'inclut pas les deux pôles
de l'humain, les femmes, les hommes. Derrière une
telle formulation, c’est la situation des hommes
qui est pensée et retenue. Les femmes sont oubliées,
cachées derrière le neutre masculin…
Dans l’élaboration et la mise en œuvre
de projets de développement, les femmes apparaissent
souvent comme une catégorie ayant des caractéristiques
spécifiques – appelant des mesures particulières
– au même titre que les jeunes, les retraités,
les étrangers… (il y a des femmes et des
hommes dans chaque catégorie). La catégorie
homme, en revanche, n'est pas nommée comme si ce
groupe échappait à toute catégorisation.
Seule la catégorie femme est apparemment sexuée.
Enfin, leurs activités ne sont souvent ni reconnues,
ni valorisées. Non reconnaissance des activités
des femmes rurales, mais que serait le tourisme rural
sans l’activité des femmes ? Non reconnaissance
des agricultrices qui demandent des droits propres afin
de sortir d’une dépendance résultant
de leur situation de conjointe d’agriculteur qui
leur ouvre des droits dérivés. Peu de valorisation
des activités d’aide à la personne
souvent assurées par des femmes bénévoles.
Sortir de ces logiques dans toute démarche de développement
rural et de mise en œuvre d’une mesure politique,
suppose de s’intéresser aux activités
des hommes et des femmes, aux espaces qu’ils/elles
occupent (lieux de vie, de déplacements), à
l’organisation de leur temps et à la répartition
de ce temps…
Une telle pratique sous-entend d’impliquer les femmes
à tous les niveaux de la réalité
sociale du territoire. Elle donne à voir ce qui
était occulté. Elle oblige à penser
le « temps » des populations des territoires.
Elle bouscule les rapports sociaux entre les sexes. Elle
touche à des systèmes hiérarchiques
et de pouvoir fortement établis. Elle peut remettre
en question certains aspects de l’organisation sociale.
Annie Labourie-Racapé sociologue
1 Extrait d’article publié
également dans la revue Transrural initiatives.
Le projet Madrigal s’attache
aux processus d’accompagnement des Très petites
entreprises en milieu rural dans la mesure où cet
accompagnement a une implication sur les relations interpersonnelles
et la conciliation des temps.
Initié par le CEDAG, ce projet a été
repris par le Grep en partenariat avec les Adasea d’Aquitaine,
l’Amgar (Association de médiation pour les
groupes agricoles et ruraux), Atag (Association tarnaise
d’agriculture de groupe), Capeb (bâtiment
Midi-Pyrénées), CRM (Chambre régionale
des métiers de Midi-Pyrénées), Fd
Gaec et sociétés de l’Orne.
Les mutations économiques et sociales soumettent
les TPE à de nombreuses tensions externes (concurence,
marché…) et internes (organisation du travail,
gestion des compétences…). Ces tensions fragilisent
et menacent l’équilibre, voire la viabilité
de ces entreprises.
Dans les TPE agricoles ou artisanales, s’imbriquent
le professionnel, le social et le familial. Les relations
interpersonnelles ont une incidence plus forte qu’ailleurs
et le partage des rôles, des tâches et des
responsabilités reste souvent tributaire de représentations
sexuées. Les différents temps sociaux sont
étroitement liés et ne se concilient pas
de la même façon selon que l’on est
un homme ou une femme…
Le projet Madrigal développe une analyse sur ce
qui freine et favorise une meilleure répartition
des temps et mène une réflexion sur les
moyens de concilier vie familiale, vie professionnelle
et vie sociale.
Famille, genre, profession journée d’étude
en hommage à Alice Barthez
À l’occasion du
départ en retraite d’Alice Barthez, chercheuse
au département Économie et Sociologie
Rurales de L’INRA de 1972 à 2004, l’UMR
CESAER* et le MSH* de Dijon ont organisé une
journée d’étude autour des thèmes
centraux qui ont guidé ses travaux de recherche.
Au-delà et grâce à cet hommage,
cette journée a été l’occasion
de faire état des recherches en cours sur le
genre, notamment sous l’angle de la parenté
et des relations au travail (1).
Si, pour Alice, le chercheur est une personne dont le
questionnement entre en résonance avec son histoire
personnelle, il est dans la vie sociale et dépend,
tant pour ses recherches que pour ce qu’il en
dit, de l’environnement social et culturel. La
lecture d’Hegel a, par exemple, fortement contribué
à sa réflexion sans qu’elle n’ose
y faire référence dans sa bibliographie.
L’originalité de l’unité de
production agricole, c’est la présence
de la famille, « les collègues de travail
sont des parents, des frères, des sœurs…
alors que dans le reste de la vie économique,
la famille est un ailleurs de l’activité de
production ». (2) [Alice Barthez était
en 1982 à contre-courant de la pensée évolutionniste
qui « prévoyait une transformation de
l’agriculture familiale en entreprise industrielle
avec prédominance du travail salarié »].
« La division sexuelle du travail ajoutée à la
division sociale entre famille et profession créent
traditionnellement une double infériorisation
des femmes en agriculture. Dès qu’elles
travaillent dans une entreprise familiale, elles sont
d’emblée affectées à l’univers
de la famille et non à la profession, et ainsi,
instituées dépendantes de leur mari
et désignées “aides familiales”.
Soulever le joug de cette double détermination
historique forme la condition pour elles d’être
reconnues comme agricultrices à part entière. » (3)
En réalité, lorsqu’elles « se
désignent agricultrices, elles dénoncent
l’organisation d’une production fondée
sur des unités familiales avec un seul chef
de production. » (3)
Le statut de conjointe collaboratrice dans une exploitation agricole entérine
l’idée qu’existe un chef d’entreprise : le droit a une
fonction culturelle autant que structurelle. Ce statut donne plus de visibilité au
travail de la femme mais ne donne qu’une protection sociale partielle à l’agricultrice
qui partage avec son mari la mise en valeur de la ferme familiale. D’autres
statuts permettent de devenir chef(fes) d’exploitation, associées
de leur mari ou de tiers. Ces mutations sont lentes et souvent douloureuses.
C’est un autre volet des travaux d’Alice. (4 et 5)
Régine
Fécelier GREP
Petite
bibliographie (1) Famille, travail et agriculture, Paris, éd. économica,
1982.
(2) « Le droit comme expression culturelle. Processus de légalisation
du travail familial en agriculture : le cas du GAEC », revue de droit
rural, n° 288, p. 621-632.
(3) Femmes en agriculture : de l’aide familiale à l’agricultrice,
au IIIe congrès Mondial des Femmes Rurales Espagne 2002, Madrid, 2-3-4
octobre.
(4) « Dualité de la transmission », propos recueillis par
Didier Caraes, auprès d’Alice Barthez dans Chambres d’Agriculture,
n° 927, décembre 2003.
(5) Les relations dans les Gaec : du conflit à la rupture, INRA, FD
Gaec et Sociétés en Agriculture de L’Orne, éd. FD
Gaec 61, 52 bd 1ers chasseurs, BP 33, 61001 Alençon Cedex
*UMR CESAER : Unité mixte de recherche
Centre d’économie et de sociologie appliquées à l’agriculture
et aux espaces ruraux. MSH : Maison des sciences de
l’homme.
Désireux de lutter contre
les inégalités entre les hommes et les femmes
par rapport à l’emploi, à la prise
de décision, au partage des temps et des tâches
et à la prégnance de stéréotypes
sexistes, les élu(e)s de la Mancomunidad de la
Sierra de Cadiz en Espagne se mobilisent depuis plus de
dix ans pour promouvoir l’égalité
entre les hommes et les femmes. Dans chacune des 19 communes
de la communauté a été mis en place
un centre d’information des femmes. La fédération
des associations de femmes de la région est membre
à part entière du Groupe de développement
rural de la Sierra de Cadiz. Sans reconnaissance des femmes
comme agents économiques essentiels, le développement
de la région serait bancal. L’intégration
de l’approche genre dans toutes les actions qui
découlent de Leader Plus (programme européen
de développement des zones fragilisées)
est un fait acquis, du moins dans les discours des élus
et des agents de développement. La création
et la diversification des activités agricoles et
artisanales dans la Sierra de Cadiz ne se conçoit
pas sans l’implication des hommes et des femmes
qui vivent sur le territoire.
Ainsi, les technicien(ne)s et les formateurs(trices) qui
accompagnent une centaine d’agriculteurs(trices)
à développer des cultures biologiques ne
se contentent pas de transmettre des connaissances techniques
: la commission genre de la Mancomunidad veille, par un
tutorat personnalisé, à ce que la situation
des femmes et des hommes soit prise en compte et met l’accent
sur la nécessaire répartition des tâches
et des responsabilités.
Cette commission est active dans tous les projets de formation
initiale et continue conduits par la Mancomunidad ainsi
que dans ses projets de développement local parce
que « pour traduire l’égalité
de droits dans la réalité, il reste du chemin
à parcourir et les mentalités ne changent
pas aussi vite que nous le souhaiterions ».
L’engagement d’une partie des élu(e)s
locaux(ales) est indispensable pour faire avancer la cause
de l’égalité, mais tous et toutes
ne sont pas encore sensibilisé(e)s.
Un projet européen comme Grundtvig, visant à
la professionnalisation des acteurs et des publics relais
peut trouver sa traduction très concrète
sur un territoire, en apportant une démarche globale
de sensibilisation à l’intégration
du genre dans l’ensemble des politiques et des actions
locales.
Le 3e séminaire transnational s’est déroulé
en janvier dernier à Arcos de la Frontera (Espagne)
Le vice président de la communauté de communes
de la Sierra de Cadiz chargé des programmes européens
et la mairesse de Arcos de la Frontera ont tenu à
accueillir les participantes à cette rencontre
pour montrer l’importance qu’ils accordent
à la question de l’égalité
entre les hommes et les femmes. Ils suivront de près
les productions du projet transnational « chaussons
de nouvelles lunettes ».
Montana
Ramos
Chargée de mission « genre »
à la Mancomunidad de la Sierra de Cadiz Claire Alcaraz
Grep
Projet Socrates GRUNDTVIG Formation
européenne à l’approche genre «
chaussons de nouvelles lunettes »
Porté par le Grep jusqu’en
2005, en partenariat avec Retra-vailler Liège et
les FPS (Belgique), la Mancomunidad de municipios de la
Sierra de Cadiz (Espagne), le département «
gender studies » de l’Université de
Reykjavik (Islande) et Athena (République Tchèque),
ce projet vise à une meilleure intégration
de l’égalité des chances entre hommes
et femmes dans les pratiques de formation, d’animation
et de développement territorial.
Aujourd’hui où
en est le projet ?
• les partenaires comparent les contextes sociaux,
économiques, culturels, politiques ainsi que l’évolution
des droits des femmes en Belgique, en Espagne, en France
et en Islande ;
• ils ont échangé les outils pédagogiques
sur l’approche genre qu’ils expérimentent
auprès de différents publics dans les différents
pays ;
• ils élaborent une démarche globale
qui va au-delà de la simple « mallette pédagogique
» :
– questionnement de l’ensemble de leurs pratiques
de formation, d’accompagnement et de conseil ;
– choix d’indicateurs pour mesurer la pertinence
d’une action de formation à l’égalité
entre les hommes et les femmes et son impact sur le changement
de comportement des participants ;
– réflexion sur la rédaction d’une
charte garantissant la cohérence et la qualité
d’une démarche de sensibilisation ou de professionnalisation
à l’intégration de l’approche
genre.
Dans le cadre du programme national
« Égalité des chances » du ministère
de l’Agriculture cofinancé par le Fonds Social
Européen (FSE) - Objectif 3, le Grep propose une
aide personnalisée pour intégrer l’égalité
entre les hommes et les femmes dans les pratiques (1).
Le Grep dispose d’un certain nombre d’informations,
de supports pédagogiques qu’il met à
la disposition des formateurs(trices) des CFPPA et des
CFA, des correspondant(e)s égalité des chances
du MAAPAR.
Il offre ainsi, par téléphone et par courriel,
de les accompagner dans leur démarche pédagogique,
de leur fournir des éléments pour le montage
de réunions d’information, de sessions de
sensibilisation ou de formation à la prise en compte
de l’égalité...
Il peut aider à la mise en réseaux au niveau
local, national et européen.
N’hésitez pas à faire appel à
ces ressources qui peuvent également déboucher
sur un tutorat sur site.
Exemples de ressources :
• Informations juridiques, historiques, statistiques
sur l’emploi et la création d’activité,
la formation, l’éducation, la famille, la
prise de décision, l’articulation des temps
sociaux, le développement des territoires...
• Outils et démarches pédagogiques
pour :
– questionner ses propres valeurs et ses postures
personnelles et professionnelles au regard des rapports
sociaux de sexe ;
– animer des actions de sensibilisation ou de formation
(sur le genre ou intégrant l’approche genre)
: travaux sur la construction des rôles sociaux
des hommes et des femmes , sur l’approche par genre
comme outil d’analyse critique des réalités
sociales...
Claire Alcaraz
et Annie Delhuvenne Grep
1 Cette démarche illustre l’intérêt
de croiser les projets nationaux et européens :
dans le projet Grundtvig, la Commission Genre de la Mancomunidad
de la Sierra de Cadiz (cf. article page 3) propose un
tutorat de genre depuis 2 ans auprès de formateurs
et de techniciens. Le Grep expérimente ainsi dans
Objectif 3 un transfert adapté de cette «
bonne pratique ».