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La gazette du Grep

N°25 - avril 2004 (extraits)

Editorial

Dans quelques mois, le Grep fête ses 40 ans. Lieu de réflexion, d’échanges et de débat créé en 1964 pour accompagner la loi d’orientation agricole dans sa dimension d’animation rurale, l’association a suivi les évolutions du monde rural, dans sa globalité, au-delà du seul secteur agricole. Attentif aux enjeux d’un développement territorial – économique, social et culturel – dans une dynamique de construction européenne et de décentralisation, le Grep a conduit des projets sur l’éducation et la formation, le développement local, et plus récemment sur l’emploi, les nouvelles formes d’organisation du travail, l’approche par genre…
L’analyse des mutations sociales reste un objectif prioritaire dans un contexte européen qui s’inscrit aujourd’hui dans la mondialisation, élargissant nos champs d’investigation. Nous n’oublions pas pour autant la dimension locale : les valeurs culturelles et l’identité territoriale, l’articulation des temps sociaux…
Comme la plupart des mouvements d’éducation populaire, le Grep favorise les actions qui répondent aux besoins de chaque terrain, utilise – quitte à les tordre – les différents dispositifs en les adaptant aux réalités diverses et changeantes. Après avoir confronté les expériences, il peut interpeller les institutions, leur faire des propositions.
Le Grep revendique son autonomie tout en travaillant avec les appareils d’État, notamment en maintenant des liens privélégiés avec le ministère de l’Agriculture. Il noue des partenariats nationaux et transnationaux et entend poursuivre sa collaboration avec le milieu associatif et avec tout acteur intervenant pour et dans les territoires : professionnels, institutionnels, élu(e)s, chercheurs… Il défend un partenariat ouvert et un fonctionnement en réseau, où chacun a sa place, où il est possible de construire collectivement.
Quarante ans après, le Grep a évolué, il s’est adapté mais il garde et gardera toujours les mêmes valeurs.

Odile Plan
Directrice du Grep

 

L’appel de Pisani fait écho au Grep

En février, les éditions du Seuil ont publié « Un vieil homme et la terre », d’Edgard Pisani. Le sous-titre de ce livre précise : « Neuf milliards d’êtres à nourrir. La nature et les sociétés rurales à sauvegarder »… Le Grep, attentif aux publications de cet ancien ministre de l’Agriculture qui a contribué à la création de l’association, a rapidement organisé une rencontre avec une douzaine d’adhérent(e)s et de partenaires : chercheurs, professionnels, associatifs du monde rural et des questions agricoles.

Comment s’organisent les relations entre le monde de l’agriculture, l’espace rural, l’économie et la société ?
Edgard Pisani est un vieil homme de 85 ans, mais il est de taille à lancer un « appel » qui réactive le débat sur l’organisation des politiques agricoles et l’aménagement de l’espace rural. Il dresse le bilan d’un système agricole productiviste et formule des propositions d’orientation tant au niveau national, européen que mondial. Sa réflexion navigue d’un bord à l’autre avec les instruments argumentaires d’un connaisseur de la Politique agricole commune (il l’a négociée en 1973…), mais aussi une boussole frappée au bon sens quant à l’analyse des besoins alimentaires et les ressorts de mise en œuvre permettant d’y répondre. C’est peut-être d’une méthode dont pourrait bien accoucher l’émulation intellectuelle que génère ce livre…

Partir des besoins et non des idéologies…

Le secteur agricole français est complexe, c’est un moteur deux-temps. La politique agricole commune qui fixe le régime de ce moteur est l’une des premières mécaniques européennes. Depuis 1962, année de la mise en œuvre d’une loi d’orientation agricole par Edgard Pisani, la France a non seulement réussi à atteindre son autosuffisance alimentaire, mais est devenue le premier producteur agricole européen et le second mondial… Cependant, le nombre d’agriculteurs diminue chaque année et la superficie moyenne des exploitations agricoles augmente, favorisant la disparition des petites au profit des plus grosses. Les jeunes désireux de s’installer en agriculture ne trouvent pas de fermes à reprendre, les agriculteurs déjà installés s’agrandissent quand l’un d’entre eux part en retraite ou vend sa ferme. La concentration des types de production sur des territoires adaptés aux nouveaux usages du marché, les fameux « bassins de production », s’est faite dans l’urgence des besoins quantitatifs au détriment d’une raison quali-tative et environnementale. Le principe de précaution et l’idée, certes en cours de précision, de gestion durable sont récents… C’est du moins l’un des bilans que l’on peut faire de la situation française, laquelle reste une tendance majeure pour l’ensemble de l’Union européenne, compte tenu du poids économique de l’Hexagone dans ce secteur. Précisons un facteur d’importance : les aides publiques, qui constituent une large part des revenus des agriculteurs, conditionnent la pérennité de leur activité et interagissent avec les règles commerciales en cours de discussion à l’OMC… Sur ce point, Edgard Pisani est intraitable : « Le marché, c’est comme le sport, il faut des règles et un arbitre. » Mais il avait ouvert la discussion en formulant une question : « Comment expliquer à un public non initié que jadis l’agriculture influençait le politique, lequel a depuis abandonné ce “champs primaire” aux seuls spécialistes de l’économie qui découvrent qu’une société globale est en train de prendre conscience de son action à l’égard de la consommation ?… »
L’un des participants à la discussion, horticulteur et membre de l’AFIP 1, recentre la problématique : « Comment faire pour que la société prenne conscience du problème agricole et crée des passerelles entre urbains et ruraux ? » Le débat est donc lancé… L’éclectisme des personnes réunies autour de l’ex-ministre produit des étincelles diverses et réactives.
M. Pisani précise les lieux où pourraient s’établir les différents chantiers qu’induit cette recherche d’informations et d’explications. Autre interrogation : où mène un système, européen ou américain, qui repose sur des subventions proportionnelles à la superficie exploitée dans une partie du monde occidental et participe à la déprise agricole mondiale ?
Cette dernière question suscite de nombreuses prises de parole… Elle est au cœur de bien des débats actuels, mais plus rarement anime-t-elle la volonté des milieux politiques de se donner les moyens d’y répondre. La subvention telle qu’elle est structurée aujourd’hui est-elle plus perverse que la régulation ? L’ex-ministre interroge les experts et constate que nous payons de moins en moins chers les produits vitaux et de plus en plus chers des objets moins nécessaires… « Là-dessus, mon livre n’est qu’une hypothèse de travail où j’essaie de proposer une vision alternative », précise-t-il.
La sauvegarde du monde rural est un des points de levier de la réflexion de M. Pisani et il réoriente le débat en rappelant que « l’année dernière, 25 millions de Chinois ruraux ont quitté leur campagne pour rejoindre la ville et sa périphérie. Est-ce que la régulation économique doit canaliser les mouvements de population ?… C’est un problème de doctrine. »

« Faut-il revisiter le modèle d’installation des jeunes agriculteurs ? Comment permettre de faciliter cette dernière ? Faut-il poursuivre l’idée d’une multifonctionnalité de l’exploitation agricole ? », interroge la représentante du MRJC.
Edgard Pisani regrette de n’avoir pas été suffisamment en mesure dans son ouvrage d’aborder le problème agricole par une analyse sociologique, notamment sur le rôle de l’installation des jeunes, le rôle des femmes et l’organisation sociale des campagnes…
Qu’en est-il de la politique d’éducation qui singularisait l’enseignement agricole ?, se demande une membre du Grep. « L’éducation fonctionne quand on réussit à y transmettre la maîtrise de soi et la capacité de choix, complémentairement… » répond M. Pisani.
Nous constatons que la difficulté consiste à réussir à considérer le problème agricole à travers les trois prismes qui le structurent : les échelles nationale, européenne et mondiale. « Il faut partir du global et redescendre progressivement vers le local, conseille M. Pisani. Cependant, l’expérience nous montre que l’unité du problème n’est perçue qu’à partir du terrain et qu’il s’agit de maintenir cette unité dans l’élévation de la fonctionnalité… »
Cette volonté d’unité dans l’organisation de la méthode s’articule en quatre actions que pointe Edgard Pisani :
• sortir du système conservatoire de l’espace agricole,
• définir précisément les règles des pratiques agricoles,
• rémunérer ceux qui respectent ces règles,
• pénaliser ceux qui ne les respectent pas.
« Le Grep ne pourrait-il être le partenaire d’une étude ouverte sur les problèmes sociologiques et environnementaux liés à l’agriculture ? », propose soudain Edgard Pisani… La proposition est relayée, les neurones s’interconnectent : combien de temps pour réaliser un schéma d’étude dans lequel on intégrera les données économiques, les dynamiques sociales et environnementales, l’éducation, en tentant de dégager une meilleure visibilité du secteur rural ?« Il n’y a pas de meilleure approche politique et éthique que l’agriculture, car c’est là que se joue au plus fort le problème de la sécurité et de la garantie de la ressource nourricière, donc d’un lien social fondamental… On nous a nourris de réponses bureaucratiques, alors qu’il s’agit d’organiser le sentiment d’une nécessité », finit par lâcher Edgard Pisani.
L’appel est lancé, l’écho s’en répercute et les bonnes volontés s’organisent.
À suivre…

Jean-Marc Neuville
Journaliste

Invitation à lire et à débattre

L'agriculture… c’est bien plus que l’agriculture

• C'est la sécurité alimentaire quantitative de tous: la fin de la faim,
• C'est la sécurité qualitative des aliments,
• C'est une recherche qui nous promet et nous inquiète,
• C'est l'environnement, l'épuisement des ressources naturelles, notre durée,
• Ce sont quatre cinquième de notre espace et l'avenir des sociétés rurales
• Ce sont plus d'un milliard de familles paysannes pauvres, des centaines de millions d'exploitations agricoles en difficulté, un réseau multiple et dynamique d'entreprises industrielles et commerciales,
• C'est la contradiction qui s'accroît entre des réalités naturelles et culturelles infiniment diverses et une globalisation devenue idéologie

Entre toutes ces nécessités et ces dynamiques
• C'est le besoin de politiques régulatrices et médiatrices aux niveaux national, européen et mondial.

Ces questions sont étudiées et traitées par Edgard Pisani
• dans le livre Un vieil homme et la terre édité par Le Seuil
• sur le forum : www.vieilhommeetlaterre.com

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Dossier spécial de la Gazette : Égalité entre les femmes et les hommes. L’approche genre, un outil d’analyse

Le Grep intègre l’approche genre dans tous les projets nationaux et européens où il est impliqué. Il vient de participer à la réalisation du dossier « Femmes et développement – l’approche genre, un outil d’analyse » que publie Transrural initiatives (1) dans son n° 257 daté du 16 mars 2004.
Après avoir pointé les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes, ce dossier présente les grandes lignes de l’approche genre illustrées par quelques expériences dans le développement local en France, en Pologne et en Afrique. Par exemple, la prochaine adhésion de la Pologne à l’Union européenne risque de remettre en cause l’équilibre familial dans les petites exploitations agricoles si les activités traditionnellement féminines dédiées à l’autoconsommation ne sont pas prises en compte dans les politiques agricoles.
Certaines expériences de développement en Afrique montrent que le « mainstreaming de genre » (2) est insuffisant si on ne met pas les femmes en capacité d’atteindre l’égalité.
Le Grep présente ici quatre pages consacrées à d’autres champs où l’approche genre fait avancer l’égalité entre les hommes et les femmes : la formation, l’accompagnement à la création de TPE, la médiation.

Catherine Laidin (FNCIVAM)
Co-réalisatrice avec le Grep du dossier « Femmes et développement –
l’approche genre, un outil d’analyse »

1- Transrural intitiatives – ADIR – 2, rue Paul Escudier – 75009 Paris
Tél. : 01 48 74 52 88 – E.mail : transrural@globenet.org
2- Prise en compte des situations spécifiques des hommes et des femmes dans les politiques publiques.

Sortir du neutre masculin (1)

Dire l'homme, les actifs, les acteurs, les jeunes, fait référence le plus souvent au genre masculin et n'inclut pas les deux pôles de l'humain, les femmes, les hommes. Derrière une telle formulation, c’est la situation des hommes qui est pensée et retenue. Les femmes sont oubliées, cachées derrière le neutre masculin…
Dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets de développement, les femmes apparaissent souvent comme une catégorie ayant des caractéristiques spécifiques – appelant des mesures particulières – au même titre que les jeunes, les retraités, les étrangers… (il y a des femmes et des hommes dans chaque catégorie). La catégorie homme, en revanche, n'est pas nommée comme si ce groupe échappait à toute catégorisation. Seule la catégorie femme est apparemment sexuée.
Enfin, leurs activités ne sont souvent ni reconnues, ni valorisées. Non reconnaissance des activités des femmes rurales, mais que serait le tourisme rural sans l’activité des femmes ? Non reconnaissance des agricultrices qui demandent des droits propres afin de sortir d’une dépendance résultant de leur situation de conjointe d’agriculteur qui leur ouvre des droits dérivés. Peu de valorisation des activités d’aide à la personne souvent assurées par des femmes bénévoles.
Sortir de ces logiques dans toute démarche de développement rural et de mise en œuvre d’une mesure politique, suppose de s’intéresser aux activités des hommes et des femmes, aux espaces qu’ils/elles occupent (lieux de vie, de déplacements), à l’organisation de leur temps et à la répartition de ce temps…
Une telle pratique sous-entend d’impliquer les femmes à tous les niveaux de la réalité sociale du territoire. Elle donne à voir ce qui était occulté. Elle oblige à penser le « temps » des populations des territoires. Elle bouscule les rapports sociaux entre les sexes. Elle touche à des systèmes hiérarchiques et de pouvoir fortement établis. Elle peut remettre en question certains aspects de l’organisation sociale.

Annie Labourie-Racapé
sociologue

1 Extrait d’article publié également dans la revue Transrural initiatives.

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Projet Madrigal : l’accompagnement des TPE

Le projet Madrigal s’attache aux processus d’accompagnement des Très petites entreprises en milieu rural dans la mesure où cet accompagnement a une implication sur les relations interpersonnelles et la conciliation des temps.
Initié par le CEDAG, ce projet a été repris par le Grep en partenariat avec les Adasea d’Aquitaine, l’Amgar (Association de médiation pour les groupes agricoles et ruraux), Atag (Association tarnaise d’agriculture de groupe), Capeb (bâtiment Midi-Pyrénées), CRM (Chambre régionale des métiers de Midi-Pyrénées), Fd Gaec et sociétés de l’Orne.
Les mutations économiques et sociales soumettent les TPE à de nombreuses tensions externes (concurence, marché…) et internes (organisation du travail, gestion des compétences…). Ces tensions fragilisent et menacent l’équilibre, voire la viabilité de ces entreprises.
Dans les TPE agricoles ou artisanales, s’imbriquent le professionnel, le social et le familial. Les relations interpersonnelles ont une incidence plus forte qu’ailleurs et le partage des rôles, des tâches et des responsabilités reste souvent tributaire de représentations sexuées. Les différents temps sociaux sont étroitement liés et ne se concilient pas de la même façon selon que l’on est un homme ou une femme…
Le projet Madrigal développe une analyse sur ce qui freine et favorise une meilleure répartition des temps et mène une réflexion sur les moyens de concilier vie familiale, vie professionnelle et vie sociale.

Famille, genre, profession
journée d’étude en hommage à Alice Barthez

À l’occasion du départ en retraite d’Alice Barthez, chercheuse au département Économie et Sociologie Rurales de L’INRA de 1972 à 2004, l’UMR CESAER* et le MSH* de Dijon ont organisé une journée d’étude autour des thèmes centraux qui ont guidé ses travaux de recherche. Au-delà et grâce à cet hommage, cette journée a été l’occasion de faire état des recherches en cours sur le genre, notamment sous l’angle de la parenté et des relations au travail (1).
Si, pour Alice, le chercheur est une personne dont le questionnement entre en résonance avec son histoire personnelle, il est dans la vie sociale et dépend, tant pour ses recherches que pour ce qu’il en dit, de l’environnement social et culturel. La lecture d’Hegel a, par exemple, fortement contribué à sa réflexion sans qu’elle n’ose y faire référence dans sa bibliographie.
L’originalité de l’unité de production agricole, c’est la présence de la famille, « les collègues de travail sont des parents, des frères, des sœurs… alors que dans le reste de la vie économique, la famille est un ailleurs de l’activité de production ». (2) [Alice Barthez était en 1982 à contre-courant de la pensée évolutionniste qui « prévoyait une transformation de l’agriculture familiale en entreprise industrielle avec prédominance du travail salarié »].
« La division sexuelle du travail ajoutée à la division sociale entre famille et profession créent traditionnellement une double infériorisation des femmes en agriculture. Dès qu’elles travaillent dans une entreprise familiale, elles sont d’emblée affectées à l’univers de la famille et non à la profession, et ainsi, instituées dépendantes de leur mari et désignées “aides familiales”. Soulever le joug de cette double détermination historique forme la condition pour elles d’être reconnues comme agricultrices à part entière. » (3) En réalité, lorsqu’elles « se désignent agricultrices, elles dénoncent l’organisation d’une production fondée sur des unités familiales avec un seul chef de production. » (3)
Le statut de conjointe collaboratrice dans une exploitation agricole entérine l’idée qu’existe un chef d’entreprise : le droit a une fonction culturelle autant que structurelle. Ce statut donne plus de visibilité au travail de la femme mais ne donne qu’une protection sociale partielle à l’agricultrice qui partage avec son mari la mise en valeur de la ferme familiale. D’autres statuts permettent de devenir chef(fes) d’exploitation, associées de leur mari ou de tiers. Ces mutations sont lentes et souvent douloureuses. C’est un autre volet des travaux d’Alice. (4 et 5)

Régine Fécelier
GREP

Petite bibliographie
(1) Famille, travail et agriculture, Paris, éd. économica, 1982.
(2) « Le droit comme expression culturelle. Processus de légalisation du travail familial en agriculture : le cas du GAEC », revue de droit rural, n° 288, p. 621-632.
(3) Femmes en agriculture : de l’aide familiale à l’agricultrice, au IIIe congrès Mondial des Femmes Rurales Espagne 2002, Madrid, 2-3-4 octobre.
(4) « Dualité de la transmission », propos recueillis par Didier Caraes, auprès d’Alice Barthez dans Chambres d’Agriculture, n° 927, décembre 2003.
(5) Les relations dans les Gaec : du conflit à la rupture, INRA, FD Gaec et Sociétés en Agriculture de L’Orne, éd. FD Gaec 61, 52 bd 1ers chasseurs, BP 33, 61001 Alençon Cedex

*UMR CESAER : Unité mixte de recherche Centre d’économie et de sociologie appliquées à l’agriculture et aux espaces ruraux. MSH : Maison des sciences de l’homme.

 

Comment dit-on « genre » en andalou ?

Désireux de lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes par rapport à l’emploi, à la prise de décision, au partage des temps et des tâches et à la prégnance de stéréotypes sexistes, les élu(e)s de la Mancomunidad de la Sierra de Cadiz en Espagne se mobilisent depuis plus de dix ans pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans chacune des 19 communes de la communauté a été mis en place un centre d’information des femmes. La fédération des associations de femmes de la région est membre à part entière du Groupe de développement rural de la Sierra de Cadiz. Sans reconnaissance des femmes comme agents économiques essentiels, le développement de la région serait bancal. L’intégration de l’approche genre dans toutes les actions qui découlent de Leader Plus (programme européen de développement des zones fragilisées) est un fait acquis, du moins dans les discours des élus et des agents de développement. La création et la diversification des activités agricoles et artisanales dans la Sierra de Cadiz ne se conçoit pas sans l’implication des hommes et des femmes qui vivent sur le territoire.
Ainsi, les technicien(ne)s et les formateurs(trices) qui accompagnent une centaine d’agriculteurs(trices) à développer des cultures biologiques ne se contentent pas de transmettre des connaissances techniques : la commission genre de la Mancomunidad veille, par un tutorat personnalisé, à ce que la situation des femmes et des hommes soit prise en compte et met l’accent sur la nécessaire répartition des tâches et des responsabilités.
Cette commission est active dans tous les projets de formation initiale et continue conduits par la Mancomunidad ainsi que dans ses projets de développement local parce que « pour traduire l’égalité de droits dans la réalité, il reste du chemin à parcourir et les mentalités ne changent pas aussi vite que nous le souhaiterions ».
L’engagement d’une partie des élu(e)s locaux(ales) est indispensable pour faire avancer la cause de l’égalité, mais tous et toutes ne sont pas encore sensibilisé(e)s.
Un projet européen comme Grundtvig, visant à la professionnalisation des acteurs et des publics relais peut trouver sa traduction très concrète sur un territoire, en apportant une démarche globale de sensibilisation à l’intégration du genre dans l’ensemble des politiques et des actions locales.
Le 3e séminaire transnational s’est déroulé en janvier dernier à Arcos de la Frontera (Espagne)
Le vice président de la communauté de communes de la Sierra de Cadiz chargé des programmes européens et la mairesse de Arcos de la Frontera ont tenu à accueillir les participantes à cette rencontre pour montrer l’importance qu’ils accordent à la question de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ils suivront de près les productions du projet transnational « chaussons de nouvelles lunettes ».

Montana Ramos
Chargée de mission « genre »
à la Mancomunidad de la Sierra de Cadiz
Claire Alcaraz
Grep

Projet Socrates GRUNDTVIG Formation européenne à l’approche genre « chaussons de nouvelles lunettes »

Porté par le Grep jusqu’en 2005, en partenariat avec Retra-vailler Liège et les FPS (Belgique), la Mancomunidad de municipios de la Sierra de Cadiz (Espagne), le département « gender studies » de l’Université de Reykjavik (Islande) et Athena (République Tchèque), ce projet vise à une meilleure intégration de l’égalité des chances entre hommes et femmes dans les pratiques de formation, d’animation et de développement territorial.

Aujourd’hui où en est le projet ?
• les partenaires comparent les contextes sociaux, économiques, culturels, politiques ainsi que l’évolution des droits des femmes en Belgique, en Espagne, en France et en Islande ;
• ils ont échangé les outils pédagogiques sur l’approche genre qu’ils expérimentent auprès de différents publics dans les différents pays ;
• ils élaborent une démarche globale qui va au-delà de la simple « mallette pédagogique » :
– questionnement de l’ensemble de leurs pratiques de formation, d’accompagnement et de conseil ;
– choix d’indicateurs pour mesurer la pertinence d’une action de formation à l’égalité entre les hommes et les femmes et son impact sur le changement de comportement des participants ;
– réflexion sur la rédaction d’une charte garantissant la cohérence et la qualité d’une démarche de sensibilisation ou de professionnalisation à l’intégration de l’approche genre.

Annie Delhuvenne
Grep

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SOS Genre

Dans le cadre du programme national « Égalité des chances » du ministère de l’Agriculture cofinancé par le Fonds Social Européen (FSE) - Objectif 3, le Grep propose une aide personnalisée pour intégrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les pratiques (1).
Le Grep dispose d’un certain nombre d’informations, de supports pédagogiques qu’il met à la disposition des formateurs(trices) des CFPPA et des CFA, des correspondant(e)s égalité des chances du MAAPAR.
Il offre ainsi, par téléphone et par courriel, de les accompagner dans leur démarche pédagogique, de leur fournir des éléments pour le montage de réunions d’information, de sessions de sensibilisation ou de formation à la prise en compte de l’égalité...
Il peut aider à la mise en réseaux au niveau local, national et européen.
N’hésitez pas à faire appel à ces ressources qui peuvent également déboucher sur un tutorat sur site.
Exemples de ressources :
• Informations juridiques, historiques, statistiques sur l’emploi et la création d’activité, la formation, l’éducation, la famille, la prise de décision, l’articulation des temps sociaux, le développement des territoires...
• Outils et démarches pédagogiques pour :
– questionner ses propres valeurs et ses postures personnelles et professionnelles au regard des rapports sociaux de sexe ;
– animer des actions de sensibilisation ou de formation (sur le genre ou intégrant l’approche genre) : travaux sur la construction des rôles sociaux des hommes et des femmes , sur l’approche par genre comme outil d’analyse critique des réalités sociales...

Claire Alcaraz et Annie Delhuvenne
Grep

1 Cette démarche illustre l’intérêt de croiser les projets nationaux et européens : dans le projet Grundtvig, la Commission Genre de la Mancomunidad de la Sierra de Cadiz (cf. article page 3) propose un tutorat de genre depuis 2 ans auprès de formateurs et de techniciens. Le Grep expérimente ainsi dans Objectif 3 un transfert adapté de cette « bonne pratique ».

Quelques sites à parcourir

www.genreenaction.net
http://devdata.worldbank.org/genderstats/home.asp
www.penelopes.org
http://www.social.gouv.fr/femmes
http://www.retravailler.org/reseau/

 

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